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Technologie Blockchain: Quelle Utilité pour le Cameroun? – 2ème Partie

Dans la première partie, nous avons défini la blockchain dans son contexte global comme étant une technologie novatrice qui permet à des utilisateurs d’effectuer des transactions garanties et auditables par tout le monde, sans avoir besoin d’un tiers de confiance.

Nous avons ensuite expliqué en quoi nous pensons qu’une telle technologie puisse être révolutionnaire et utile pour l’Afrique en général et le Cameroun en particulier. Nous allons maintenant aborder le tout premier cas d’usage de la blockchain dans le monde entier, puis quelques exemples d’utilisation les plus marquants / récentes de cette technologie en Afrique. Ce dont nous pourrons nous inspirer plus tard pour explorer les pistes d’application dans l’environnement Camerounais.

 

I-      LA CRYPTO-MONNAIE BITCOIN, PREMIER CAS D’USAGE DE LA TECHNOLOGIE BLOCKCHAIN :

Compte tenu d’un faible taux de bancarisation (environ 30% actuellement) et un accès difficile aux services financiers traditionnels tels que comptes bancaires et les cartes de crédit, la plupart des Africains sont principalement limités aux transactions en espèces, ce qui entrave leur capacité de faire des achats en ligne et donc à faire des affaires.

Cependant, avec le développement des TIC, on a de plus en plus recours à la technologie pour trouver des solutions alternatives. Cela explique donc l’essor et le succès fulgurant des services tels que « mobile money » dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne aujourd’hui, particulièrement développé dans les pays comme le Kenya, le Ghana, le Cameroun, etc.

Dans ce contexte, l’étape suivante me semble logiquement être le recours aux monnaies numériques (ou crypto monnaies) qui jouent un rôle important dans le développement des marchés axés sur la technologie en apportant plus d’options que les solutions existantes (nous discuterons de ces options plus loin dans cet article), et semble donc être propice pour l’Afrique qui aujourd’hui déplace une grande partie de son activité vers des projets technologiques et virtuels.

 

Mais c’est quoi une monnaie numérique ou crypto-monnaie ?

Le premier cas d’usage et le plus célèbre de la technologie blockchain, c’est la première monnaie numérique appelé le bitcoin.

Présenté pour la première fois après la crise financière mondiale de 2008 dans un livre blanc par un informaticien au pseudonyme de Satoshy Nakamoto (personne ne connait sa vrai identité jusqu’aujourd’hui), cette monnaie numérique a été créée sur la base des algorithmes mathématiques, échappant ainsi au contrôle du système financier, des banques centrales et des gouvernements. La blockchain Bitcoin, qui est donc la première jamais créée, marque sa différence du reste de l’Internet par trois caractéristiques principales : décentralisée, public et crypté (chiffré). Tout ce dont vous avez besoin pour avoir accès et utiliser les bitcoins, c’est un ordinateur / smartphone / tablette avec un accès Internet, puis de créer un compte bancaire numérique (ou eWallet) gratuitement sur une des multiples plateformes qui existe en ligne, et c’est tout ! vous êtes prêt à envoyer / recevoir des bitcoins, payer avec sur les sites de e-commerce qui l’accepte déjà, etc…

Pour les Africains, le bitcoin apporte déjà des avantages et solutions tangibles à certains problèmes urgents tels que le transfert d’argent à l’international qui coute terriblement chère aux Africains de la diaspora en termes de frais de transaction et taux de change (jusqu’à 10% !) via les intermédiaires tels que western union et moneygram (ceci revient presque gratuit avec le bitcoin, vue que la technologie blockchain permet de se passer des intermédiaires !). Nous pouvons aussi envisager l’adoption d’une monnaie panafricaine numérique, plus facile à mettre en œuvre et échappant aux contraintes politiques de la question monétaire dans le contexte actuel, pour ainsi permettre des échanges économiques plus direct, plus fluide et donc plus intense entre pays Africains.

 

Et les contrats intelligents alors (Smart Contracts) ?

 

Si la blockchain n’était, au début, que la technologie qui supportait les bitcoins, il est vite devenu évident qu’elle pouvait être utilisée pour d’autres usages que la crypto-monnaie. De manière synthétique, tout ce qui est transactionnel, financier ou pas, peut se mettre sur une blockchain avec le même principe : garantir la confiance, tout en étant plus efficace, d’une part en offrant une meilleure fluidité et rapidité des transactions, et, d’autre part, en réduisant fortement leurs coûts, tout simplement en éliminant le goulet d’étranglement opérationnel qui se nomme « tiers de confiance ». C’est de ces nouvelles utilisations que nait la vraie révolution, qui est bien illustrée par ce qu’on appelle les contrats intelligent (Smart Contract) ! 

Développé en premier sur la plateforme de blockchain Ethereum, les contrats intelligents pourraient s’avérer un mécanisme efficace pour rendre les transactions commerciales plus transparentes et moins vulnérables aux l’influences externes et aux résultats indésirables. Ce sont des programmes / codes informatiques qui facilitent, vérifient ou améliore la négociation ou l’exécution des termes convenus comme dans un contrat conventionnel. Tous les termes d’un contrat transactionnel pouvant être traduit en code et introduit dans la machine a confiance qu’est la blockchain, ceci permet d’éviter les intermédiaires et tiers de confiance qui sont parfois les poches de corruption.

 

II-      EXEMPLE DE CAS D’USAGES ACTUELS EN AFRIQUE

 

Il existe de nos jours beaucoup d’exemples d’utilisation de la blockchain comme technologie sous-jacente pour développer des applications utiles aux sociétés Africaines. Voici quelques-unes triées sur le volet, dans plusieurs domaines différents.

 

1-     Domaine de la finance (impliquant monnaie numérique ou crypto-monnaie)

 

–          BitPesa :

Etant considéré comme la suite logique de mpesa (système de payement mobile), BitPesa est une plate-forme de classe mondiale qui permet aux utilisateurs d’échanger en monnaie numérique. Cette plateforme permet aux entreprises et aux particuliers d’envoyer et de recevoir des paiements vers et à partir du Kenya, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Nigéria. Elle permet également l’échange de Bitcoins en monnaies locales. En savoir plus…

–          WeCashUp :

Se définissant par ses développeurs comme une API universelle de « mobile money », WeCashUp permet a plus de 800 millions d’Africains non bancarisés de pouvoir effectuer des payements en ligne, en leur permettant d’intégrer a leur site de e-commerce et autre plateforme en ligne, la solution mobile money comme moyen de payement. Cette API a été créée par un jeune Camerounais et son équipe, vivant à Marseille en France. En savoir plus…

–          PayFast :

PayFast est une start-up Sud-Africaine spécialisée dans le traitement de paiement (payment processing). L’entreprise permet un transfert d’argent sécurisé, instantané et facile entre le vendeur en ligne et les acheteurs. PayFast, principal concurrent de l’américain PayPal dans la région utilise la technologie Blockchain pour protéger les vendeurs et les acheteurs contre les transactions frauduleuses et dessert déjà plus de 30 000 sites de ventes avec sa solution de payement en ligne. En savoir plus…

–          eDinar, eCFA :

L’évolution récente la plus significative pour ma part, c’est la création des monnaies numériques part les institutions gouvernantes Africaine, qui les adosse directement aux monnaies courantes officielles. Le premier pays à se lancer dans cette révolution est la Tunisie, qui depuis le mois de Mars 2016 a commencé à diffuser sa monnaie nationale (le Dinar) sur la blockchain, pour ainsi créer le eDinar comme première monnaie numérique nationale dans le monde.

De même, dans le cadre d’un projet de l’UEMOA et l’issu d’un partenariat entre la Banque régionale de Marchés (BRM) et de eCurrency Mint Limited, le Sénégal sera très bientôt le second pays du monde à adopter une monnaie numérique nationale, le eCFA qui sera une monnaie nationale et légale au même titre que la monnaie courante actuelle (le Franc CFA). A la suite de l’expérience Sénégalaise, l’UEMOA présentera l’eCFA pour son utilisation en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Togo et en Guinée-Bissau.

Bien que basé sur la technologie blockchain et donc bénéficiant de la plupart des propriétés que celle-ci permet en matière de crypto-monnaie (transparence, sécurité, rapidité de transfert, disponibilité, etc…), ces monnaies numériques sont différentes du Bitcoin car émises et contrôlées par un système bancaire central !

La question monétaire étant de plus en plus posée comme un problème de souveraineté en Afrique en général et dans les zones CFA en particulier, les activistes et experts du domaine étudient des solutions viables pour les Africains. On peut constater à la lumière de ces exemples que la technologie blockchain se positionne comme une option crédible, en offrant des opportunités / échappatoires / que les dirigeants Africains comptent bien saisir ! D’ailleurs on a entendu le même son de cloche venant de la Banque Centrale de Djibouti qui pourrai bien suivre le mouvement très bientôt ! Affaire à suivre…

 

2-     Autres domaines d’application

–          Bankymoon :

Base en Afrique du Sud, Bankymoon construit des solutions basées sur la technologie Blockchain et offre des services de consultation / conseil aux entreprises. L’année dernière, cette start-up a créé la première solution Blockchain au monde pour la mesure intelligente des réseaux électriques avancés et utilitaires. En savoir plus…

–          BitLand : une solution pour le cadastre Ghanéen ?

Depuis 2015, l’objectif affiche par l’ONG BitLand est d’offrir des services permettant aux organisations et aux individus de rassembler toutes les informations de géolocalisation sur les terres (coordonnées GPS) et de les enregistrer sur la blockchain Bitshares. Ceci permettra de pallier l’absence de registres et de cadastres, et ainsi de sécuriser les transactions immobilières dans un pays où, comme dans la majorité des pays africains, 90% des zones rurales ne sont pas répertoriées.

Bien que ce service ne soit disponible qu’au Ghana pour l’instant, la société envisage de l’étendre davantage sur le continent africain au bout de 5 ans de la phase pilote en cours. BitLand s’attaque ainsi à un enjeu de développement majeure en Afrique, quand on sait d’une part que la crédibilité des titres de propriété immobiliers est un élément important qui permet d’accélérer ou de freiner le développement économique, et de l’autre part que la majorité des litiges qui occupent les tribunaux sont fonciers ; c’est notamment le cas au Togo, pays voisin du Ghana, où 80% des litiges pendants devant les tribunaux relèvent du domaine foncier. En savoir plus…

–          Otlw : Otlw est une société de développement créé à Nairobi en 2015, qui développe des applications décentralisées robustes

sur des technologies telles que IPFS et Ethereum. La société construit et conçoit des systèmes décentralisés pour remplacer l’infrastructure sociétale actuelle, en mettant l’accent sur l’application avec des impacts universels tels que l’éducation, la construction d’identité et la réputation. En savoir plus…

Voilà quelques exemples d’utilisation effective de la technologie Blockchain sur en Afrique aujourd’hui, dont on pourra s’inspirer au Cameroun pour développer nos propres applications adaptées de prêt à notre réalité. Nous en discuterons en détails dans la prochaine partie, donc restez bien connecté…

 

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About the Author

FX DJIMGOU
François-Xavier DJIMGOU est Entrepreneur, Essayiste, Expert / Conseil en Cybersécurité / cyberdéfense qui milite et travaille pour une transformation numérique "sécurisée" en Afrique.

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