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Technologie Blockchain: Quelle Utilité pour le Cameroun? – 1ère Partie

Le but de cette suite d’articles sera de faire un zoom sur une technologie révolutionnaire pour l’Afrique, dans un premier temps en expliquant ce que c’est que la technologie blockchain, son potentiel et ses usages actuels en Afrique, puis dans un second temps en explorant les possibilités de son utilisation / ses applications dans notre environnement pour resoudre des problemes concrets  des Africains en général et des Camerounais en particulier. J’espere vivement qu’il en découlera une communauté de reflexion et d’échange pour developper et matérialiser les idées les plus novatrices.

 

Contexte et Définition :

 

Au début des années 1995, l’Américain Clayton M. Christensen, Entrepreneur, Professeur à l’université d’Harvard et auteur de « The innovator’s dilemma », a analysé et défini pour la première fois le phénomène de l’« Innovation disruptive ou perturbatrice», dans les termes suivants: C’est une innovation qui crée un nouveau marché et un réseau de valeur en perturbant ceux qui existent déjà, entrainant le déplacement d’entreprises, de produits et d’alliances établis par les marchés. La disruption permet de faire émerger de nouveaux modèles et crée des marchés plus vastes en rendant moins chers et plus accessibles des produits et des services là où il y a des situations de rentes ou des oligopoles non transparents. C’est une transformation fondamentale, radicale et irréversible du système capitaliste car les disrupteurs sont des innovateurs qui cherchent des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent.

Ce phénomène est principalement appliqué dans la nouvelle économie numérique et aujourd’hui connu sous le nom de « Technologies disruptives », pour décrire des technologies telles que l’IA (Intelligence Artificielle). Cloud, IoT (Internet of Things), et plus récemment la Blockchain.

 

Alors c’est quoi exactement la Blockchain (ou chaine de blocs) ?

Certains d’entre vous avez peut-être entendu ce terme et se sont demandé de quoi il s’agissait exactement. Alors voyons cela de plus près, dans un premier temps d’un point de vu un peu technique.  Une Blockchain est essentiellement un « grand livre » numérique distribué qui conserve une liste d’enregistrements.

On peut donc considérer que ce grand livre constitue une base de données. Les membres ayant accès à la base de données valident les données dans un bloc spécifique au moyen d’un protocole de consensus entre les membres, en utilisant des calculs algorithmiques utilisant la cryptographie (les méthodes varient en fonction de la technologie et de la base de données impliquées). Les blocs validés sont ensuite liés en séquence aux blocs précédents en utilisant des horodatages et d’autres informations uniques (hash), créant ainsi une chaîne de blocs d’informations. D’où le terme Blockchain!

Les blocs séquentiellement ajoutés sont presque impossibles à modifier une fois validés et stockés sur la chaine de blocs pertinente. La Blockchains peut être public (sans permission) ou privé (autorisé), selon leur but. Public signifie que toute personne qui exécute le protocole de blockchain approprié peut lire ou écrire des informations sur la chaine de blocs (le meilleur exemple est la chaîne de blocs Bitcoin) ; Une chaîne de blocs privée signifie que seuls les utilisateurs désignés peuvent lire ou écrire sur cette chaîne de blocs (cas de Hyperledger implémenté par le géant IBM pour ses clients).

En des termes j’espere plus simples, la blockchain est une technologie / un système distribué de consensus qui autorise des transactions, et d’autres opérations à être exécutées de manière sécurisée et contrôlée directement entre les parties, sans qu’il y ait une autorité centrale de supervision (ou tiers de confiance tel qu’assureur, banquier, notaire par exemple… on le verra en détail plus bas), cela simplement parce que les transactions et toutes les opérations sont validées par le réseau entier. Voilà ce qui lui donne son caractère révolutionnaire.

Dom Steil, un autre entrepreneur et auteur de nombreux articles sur les nouvelles technologies, a d’ailleurs exprimé assez clairement l’idée de cette révolution :

« La blockchain est intrinsèquement puissante du fait que c’est la colonne vertébrale d’un nouveau type de mécanisme de transfert et de stockage distribué et open source. Elle est le tiers nécessaire pour le fonctionnement de nombreux systèmes à base de confiance. Elle est la feuille universelle d’équilibrage utilisée pour savoir et vérifier qui détient divers droits numériques. De même qu’Internet a été la base de bien d’autres applications que le courrier électronique, la blockchain sera la base de bien d’autres applications qu’un réseau de paiement. Nous en sommes aux premiers instants d’un nouvel âge pour tout ce qui est possible au travers d’un réseau décentralisé de communications et de calculs. ».

 

En quoi la technologie Blockchain est une opportunité pour l’Afrique en général et le Cameroun en particulier ?

Le boom de l’Internet a déclenché une croissance économique fulgurante, mais dont les avantages (surtout financiers) sont principalement accaparés par les plus riches. La technologie Blockchain offre des avantages intéressants pour tous ceux qui sont prêts à l’embrasser, y compris les populations les plus pauvre à travers le monde. Cela pourrait même être la solution que les investisseurs internationaux attendaient en Afrique sachant que cette technologie est particulièrement attrayante pour les institutions financières traditionnelles et les entrepreneurs, car elle rendra les services financiers accessibles à un plus grand nombre d’Africains et permettra la réduction du risque de contrepartie. Nous pouvons constater qu’en Afrique du Sud, au Ghana, au Kenya par exemple, les institutions bancaires traditionnelles investissent massivement et collaborent pour développer la technologie blockchain et explorer ses nouvelles implémentations possibles. C’est le cas de la Standard Bank.

En réalité, de façon plus globale, cette technologie  est une vraie aubaine pour nous en ce sens qu’il est désormais établi que pendant qu’ailleurs les TIC obligent à une réorganisation des économies, elles peuvent permettre à l’Afrique de passer immédiatement d’un stade de désorganisation, qui y a longtemps prévalu dans de nombreux secteurs de son économie, à un stade d’organisation ultime au moyen des dernières technologies et ce, sans phase de transition, puisque son saut technologique épargne au continent ce passage obligé lorsque des technologies différentes se succèdent (c’est qu’on appelle le phénomène du « leap frog » ou saut de grenouille). Le meilleur exemple est celui du développement exponentiel de la téléphonie mobile dans la plupart des pays Africain au détriment de la téléphonie fixe (dans une ville comme Kinshasa, il y a aujourd’hui 1000 lignes de téléphone fixe, et ceci pour 10 millions d’habitants. Dans le même temps on compte 10 millions de lignes mobiles ! ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autre…)

Pour bien comprendre l’application de ce concept dans notre environnement, imaginez qu’au lieu dit « poste centrale » à Yaoundé au Cameroun on installe un très grand cahier / registre accessible librement et gratuitement, que tout le monde peut lire, sur lequel tout le monde peut écrire (date, heure et signature a l’appui), mais qui soit impossible à effacer, à falsifier et indestructible. Croyez-vous que cela puisse nous être utile ? Si oui de quelles manières ?

Moi je dirai par exemple :

– Droit d’auteur / Propriété intellectuelle / brevet : on pourrait y déposer la description complète de ses œuvres / découvertes, rendant ainsi impossible qu’on puisse les contester ou en être dépossédé, comme c’est souvent le cas au pays. Par exemple, « Voici la démonstration que les inscriptions / caractères sur l’os d’Ishango constituent la plus ancienne attestation de la pratique de l’arithmétique, signé   … ».

– On pourrait y laisser des reconnaissances de dettes (des particuliers entre eux ou même de l’état envers les entreprises) qui seraient considérées comme valides tant que celui à qui l’on doit l’argent n’a pas été remboursé et n’est pas venu l’indiquer sur le cahier…

Imaginons ça à l’échelle numérique, ou le grand registre ne serait plus seulement disponible à la « poste centrale » mais sur tous les équipements connectés (ordinateur, laptop, smartphone, tablet…) et donc accessible partout et par tous ! on pourrait y consigner testament, acte de vente, titre foncier, brevet d’invention, droits d’auteurs (et bien plus encore !) bien sûr en se passant des frais perçus par les intermédiaires (notaire, huissier, assureur, etc.) et sans corruption possible.

Cette technologie étant considérée comme une « machine à confiance numérique » car infalsifiable, elle prend donc une connotation particulière chez nous et pourrait trouver de multiples applications dans plusieurs domaines de notre vie quotidienne régulièrement minés par la corruption, la défiance, le manque de confiance, etc.

Dans le cadre de ce projet nous étudierons et évaluerons les possibilités d’utilisation et d’application de la technologie blockchain pour résoudre les problèmes concrets des populations, tout ceci dans un processus global de transformation digitale de la société Camerounaise. Voici quelques thématiques déjà identifiées et que nous allons aborder en montrant des pistes de solution par la technologie blockchain:

  • Système de payement en ligne pour les e-commerces en forte croissance partout en Afrique
  • Système de transfert d’argent à l’international, entre Africain de la diaspora et proches au pays.
  • Système de sécurité foncière (gestion du cadastre), déjà en expérimentation dans certains pays Africain (Ghana).
  • Système de lutte contre les faux médicaments qui déciment nos populations les plus pauvres
  • Système de traçabilité des différentes matières premières et autres produits miniers de notre pays (parcours sécurisé, acteurs identifier et fiable, suppression des intermédiaires non indispensable, etc.)
  • Système de gestion des droits d’auteurs (problème particulier et pendant au Cameroun)
  • Système d’attribution et de suivi des marchés publiques

 

Toute contribution pour rallonger la liste ou participer au développement des thèmes ci-dessus est la bienvenue ! Dans la deuxieme partie, nous évoquerons quelques cas d’usages déja effectif en Afrique.

 

 

Nous suivre et partager 🙂
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About the Author

FX DJIMGOU
François-Xavier DJIMGOU est Entrepreneur, Essayiste, Expert / Conseil en Cybersécurité / cyberdéfense qui milite et travaille pour une transformation numérique "sécurisée" en Afrique.

Comments

  1. Eugene MPACKO - July 4, 2017 at 11:29 am

    Selon Bitfury , le registre des transactions public du bitcoin coûte près de 600 millions de dollars par an juste en électricité, en équipement et centres de données. Les registres prives depensent moins que cella mais sa reste hyper couteux . Le Rapport 2015 de la Banque Santander donnait deja des avantages hyper encourageants de cette technologie et surtout les indices de reduction de cout . Faudrait maintenant que nos Politiques s’orientent vers cella et qu’ils prennent en compte que le monde moderne fonctionne comme une horloge . les aiguilles tournent dans un seul sens pour le progres , l’autre sens ne fonctionne que si on est a l’arret . Bonne analyse FX .

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    • FX DJIMGOU - October 20, 2017 at 10:39 pm

      L’ampleur des transformations profondes qu’entrainent cette technologie fait que meme si l’implication des politiques est indispensable, on ne peut pas se permettre de laisser l’avenir de la blockchain entre leur main… mon approche est que c’est aux entrepreneurs et autres entreprises de proposer des utilisations innovantes de cette technologie pour résoudre des problemes concret de notre société, et les pouvoirs publics pourront donc encadrer tout ca. Dans la deuxieme partie, je cite des exemples tout a fait remarquables en Afrique, qu’il serait interessant de suivre de pret pour s’en inspirer…faisons notre part!
      http://www.entrepreneur-numerique.cm/technologie-blockchain-quelle-utilite-pour-le-cameroun-2eme-partie

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